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« Acquérir des automatismes pour diminuer le stress »

Le stress fait partie du quotidien de Frank Schneider, arbitre international français. Sur les terrains de football, comme en entreprise, il a appris à préparer ces instants de vérité pour se concentrer sur l’action. Interview.

Le 08 avr. 2021
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Photo de Frank Schneider Frank Schneider

Comment avez-vous débuté votre carrière d’arbitre ?

J’ai commencé dès l’âge de 15 ans. Je jouais au foot, j’entraînais et j’arbitrais en fonction des besoins. J’aimais passer de coach à coéquipier puis à manager. Quand on débute en tant que jeune arbitre, on fait face constamment à une situation nouvelle. On arrive sur un terrain où on ne connaît pas les équipes, où on est seul avec notre sac face à des joueurs et des entraîneurs souvent plus âgés. On saute dans le grand bain et j'aime cette découverte.

En quoi ce rôle est-il source de stress ?

Le rôle est stressant car nous prenons des décisions qui peuvent être contestées par les joueurs, les entraîneurs et les supporteurs. Nous sommes également soumis à la pression des caméras, qui sont braquées sur nous et guettent nos gestes et nos paroles. En ligue 1, il y a entre 15 et 26 caméras qui filment le terrain. Dès que le jeu s’arrête, elles se concentrent sur l’arbitre. Elles sont également utilisées pour valider ou invalider nos décisions et ainsi mettre en lumière nos succès et nos échecs. En arrivant à la fédération française de foot en 2004 puis en ligue 1 en 2014, j’ai dû apprendre à composer avec ces caméras pour en faire des alliés.

Comment mieux maîtriser ce stress ?

En changeant la perception de son environnement. J’ai travaillé pour me concentrer sur les aspects positifs de la caméra. Ce n’est pas mon adversaire mais un outil de promotion de mes bonnes décisions. Je me concentre sur l’image que je veux donner en fonction des moments. Et si l’arbitrage vidéo montre que je me suis trompé, je suis en capacité de revenir sur ma décision. C’est aussi une opportunité d’illustrer mon leadership et d’imprimer ma griffe, ma marque de fabrique managériale. Chaque moment de vérité fait l’objet d’une préparation amont afin de moins subir la pression.

Le stress peut également être bénéfique…

Oui il est même essentiel. Sur le terrain il me permet d’être attentif, concentré, d’avoir envie de faire le maximum. C’est une émotion qu’on ne ressent que sur le terrain.

Comment se déroule cette préparation ?

Elle consiste à acquérir des automatismes. On passe en revue toutes les situations que nous sommes susceptibles de vivre : une mauvaise décision contestée par un joueur sur le terrain, un président de club qui veut me voir à la sortie du vestiaire… On ne se cantonne pas au temps de match. Ces situations types sont travaillées, on apprend à les gérer en amont. Ainsi, lorsqu’elles surviennent, je suis préparé. Je sais comment réagir et je suis moins stressé. Je peux donc garder mon énergie pour les moments incertains, ceux que je n’avais pas anticipés.

Avez-vous des techniques pour vous aider avant les matchs ?

J’utilise, par exemple, la technique de l’ancrage avant chaque match. Il s’agit d’associer une pensée positive à un geste. Cela se prépare en amont, afin de choisir son moment, son émotion et sa mise en œuvre. L’ancrage me permet de rester concentré et de débuter chaque rencontre dans le même état émotionnel. Je ne suis ni relâché ni sous pression. D’autres utilisent la respiration. L’important est de trouver ce qui fonctionne.

Mais comment se préparer dans une période aussi incertaine qu’aujourd’hui ?

En effet, nous sommes en plein dans le monde VUCA (Volatility, Uncertainty, Complexity and Ambiguity) et on ne peut plus faire des projections à 5 ou 10 ans comme avant. Il faut alors changer la perception de son monde et de son rôle. Repenser sa raison d’être. Particulièrement pour les dirigeants, qui doivent intégrer le fait de revenir sur leurs décisions, de changer de cap. Tout en restant fidèle à sa griffe et sa raison d’être. On peut se tromper, à condition d’être cohérent. À l’image du Vendée Globe, on avance, on a un cap et on dévie en fonction des vents. La ligne droite n’est pas l’objectif.

Qu’est-ce que la griffe du dirigeant ?

C’est ce que les collaborateurs vont retenir de lui après la crise. A-t-il été fébrile ? Réfléchi ? Raisonné ? Ma griffe, en tant qu’arbitre, est d’être solide et juste. Ainsi les collaborateurs savent à quoi s’attendre, même si le monde est chahuté.

Comment identifier le stress chez les équipes ?

En tant qu’arbitre, avec mes équipes, je suis vigilant aux signaux faibles, qui peuvent se matérialiser par des contestations, erreurs, mauvaises décisions, approximation, difficultés de communication… Ils sont annonciateurs d’un problème. En tant que consultant, en entreprise, l’utilisation des outils de mesure permet de faire remonter les sources de stress dans l’organisation et d’évaluer l’efficacité du résultat.

Arrêt des matchs, absence du public, avenir incertain… Vous, comment avez-vous vécu cette période ?

En effet, ce confinement a été un beau cas pratique. J’ai fait évoluer ma raison d’être dans ma vie familiale et dans mon couple. D’habitude, mon épouse s’adapte à mon rythme exigeant. Pendant le confinement, son activité professionnelle a été maintenue et on a pivoté afin que je m’adapte à son rythme. Cela a nécessité la mise en place de règles claires et actées. J’ai, par exemple, pris en charge les cours des enfants, les tâches ménagères… Je consacrais un jour par semaine au travail et une heure par jour à l'entraînement.

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