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Cette année, la conférence DCF Lyon a invité l’économiste Jacques Attali à s’exprimer sur un thème qui fait l’actualité et que nous affectionnons chez TTI Success Insights France : l’intelligence artificielle. Introduite par Florie Fonterme, notre responsable Entreprise et Formation, la soirée a permis de mettre en lumière les conséquences de l’IA sur l’emploi et plus globalement sur les modes de vie. Redoutée, décriée ou encensée, l’IA va vite et fait déjà partie de notre quotidien. Mais cette rapidité de développement ne doit pas faire oublier son objectif premier : servir l’humanité. Comment ? Réponse avec Jacques Attali. « Depuis toujours, le monde repose sur deux piliers : la manipulation de l’énergie et l’accumulation d’informations. En fonction des périodes, l’accroissement d’informations ou le développement des énergies ont été les vecteurs des grands changements. Aujourd’hui, nous vivons une période où ces deux piliers s’accélèrent en même temps. Les énergies propres émergent et se développent et de grands progrès sont en cours conduisant à l’automatisation de la manipulation d’informations. C’est ce qu’on appelle ‘l’intelligence artificielle’. Et même si elle est déjà sur toutes les lèvres, nous ne sommes qu’aux prémices. La technologie actuelle est encore loin des capacités humaines : l’empathie, la création, l’irrationnel ne sont pas abordés par les machines. Mais l’avancée devrait être rapide. Il suffit de se pencher sur les chiffres : il y a 20 ans, nous comptions 100 millions d’appareils connectés dans le monde. Nous sommes à 50 milliards aujourd’hui et nous pouvons tabler sur 10 000 milliards dans les 20 prochaines années. En matière de dépenses, les chiffres sont aussi vertigineux. Nous investissons 40 milliards de dollars aujourd’hui. Et devrions dépenser 100 milliards de dollars dans seulement deux ans.  

Un monde d’opportunités

Il faut dire que les potentialités sont nombreuses. Et l’IA est source de grandes avancées. En matière de médecine, elle devrait considérablement améliorer le diagnostic. Un radiologue se trompe une fois sur 4 alors que l’erreur est réduite à 1/100 pour l’IA. Les applications se multiplient et facilitent la vie des patients. Celle permettant de détecter les cancers de la peau a déjà été utilisée par un million de personnes. Les risques sont ainsi détectés plus tôt et les chances de guérison sont accrues. L’IA est également source de grands progrès en matière d’énergie, de transports, de sécurité grâce à la prédictibilité des crimes et des fraudes… En ce qui concerne l’éducation, les nouvelles technologies servent un modèle d’acquisition de connaissances sur-mesure et font baisser les coûts. Et elles font naître des opportunités professionnelles.   [caption id="attachment_4790" align="aligncenter" width="300"]Florie Fonterme introduit la conférence de Jacques Attali Florie Fonterme, responsable Entreprise et Formation de TTI Success Insights, en introduction de la soirée DCF Lyon[/caption]  

L’évolution des métiers grâce à l’IA

Les métiers vont changer, des intitulés de poste vont voir le jour et les tâches répétitives vont être supprimées pour laisser davantage de place à l’interaction humaine. Ce sera une révolution pour certains emplois avec de vraies améliorations en matière de confort de travail. Cela conduira cependant à la suppression de métiers : 5% des postes actuels s’apprêtent à disparaître. Les métiers de la vente sont particulièrement concernés. Il suffit d’observer les habitudes des consommateurs, qui font davantage confiance à des applications mobiles comme Yuka qu’aux conseils d’un vendeur. La bataille de la prescription est à mener pour ne pas voir péricliter totalement ce métier. Face à l’ampleur des changements en cours, les États se mettent en ordre de marche. Tous ont un plan dédié à l’IA. Certains ont même un ministre de l’intelligence artificielle – c’est le cas de la Chine. Ce pays a l’avantage d’accumuler facilement les données. Les habitants ne s’y opposent pas. Les États-Unis sont également performants sur la question. C’est plus compliqué dans les pays européens où le caractère privé des données est érigé en principe fondateur. Ce point est clairement un frein au développement de l’IA dans nos pays. Mais il nous protège également des risques.  

L’individualisation et la disparition du collectif

Car l’IA est aussi une source de danger. Elle va remettre en question des pans entiers de l’économie et créer une surveillance exacerbée au nom de la sécurité. La captation des données conduit à une manipulation des opinions et profite à des hommes (et femmes) politiques peu scrupuleux. Globalement, nous assistons à une individualisation des sociétés. Tout est sur-mesure et chacun s’enferme dans son domaine. Les individus se juxtaposent et le collectif disparaît. Le chacun pour soi s’installe.   L’IA est aujourd’hui au service de l’individualisation et non de l’humanité. Les règles mondiales en faveur d’une intelligence artificielle doivent favoriser l’inclusion, l’ouverture, l’éthique, les générations futures et l’écologie. L’effort est donc politique, mondial et indispensable sous peine d’aggraver les inégalités sociales. »