Du comportement à la régulation émotionnelle : l'expérience d'Esther Casellas sur la complémentarité DISC et EQ
Pour Esther Casellas, psychologue et fondatrice de Sud Performance, le DISC et le quotient émotionnel se travaillent ensemble, le premier donnant à lire le comportement et le second éclairant la relation aux émotions. Récit d'un coaching où cette complémentarité a permis à un cadre dirigeant de retrouver pleinement sa place après plusieurs mois de décrochage.
Le retour difficile d'un cadre dirigeant
Dans un organisme de recherche public, un cadre dirigeant occupe une fonction technique de premier plan. Une période personnelle particulièrement éprouvante l'éloigne du travail pendant huit à dix mois, le temps pour son organisation de se réorganiser sans lui. À son retour, il est présent physiquement mais distant, comme déconnecté des dossiers qui l'attendent. La situation se tend rapidement, et son employeur finit par solliciter un coaching. Le commanditaire en pose les termes sans détour : la situation doit s'améliorer, sans quoi la collaboration ne pourra pas se poursuivre.
L'accompagnement revient à Esther Casellas, coach certifiée Talent Insights (DISC + WPMOT) et EQ, qui a fondé Sud Performance en 1993. La société s'est construite autour d'un ancrage historique fort dans l'enseignement supérieur et la recherche, soutenue par un réseau de consultantes partenaires qu'Esther anime au quotidien.
« J'ai mis du temps à me former au DISC et à l’EQ. J'arrivais déjà à faire des accompagnements assez poussés sans en avoir besoin. Et puis j'ai rencontré la nécessité de pouvoir vulgariser avec simplicité la compréhension de l'humain. »
DISC et quotient émotionnel : deux lectures qui se répondent
Le DISC permet à Esther de poser une lecture du comportement, en décrivant la manière dont une personne fonctionne naturellement dans son environnement, selon quatre dimensions qui s'expriment à des degrés différents chez chacun.
Le quotient émotionnel ouvre une autre fenêtre, celle de la conscience de soi, de l'autorégulation, de la motivation, de l'empathie et de l'agilité sociale. Ces cinq dimensions, théorisées par Daniel Goleman, éclairent la manière dont chacun se rapporte à ses propres émotions et à celles des autres. Combinés dans un même rapport, le DISC et l'EQ forment l'évaluation TIBI, conçue par TTI Success Insights pour articuler les deux lectures en une seule restitution.
Esther a complété ces modèles par un corpus personnel, constitué à partir des travaux universitaires, dans lequel elle puise une lecture fine des stratégies de régulation qu'elle adapte selon les situations rencontrées.
Pour elle, le DISC vient toujours en premier dans l'accompagnement, parce qu'il pose le terrain du comportement d'une manière qu'elle juge plus accessible pour entrer dans une réflexion sur soi. Le quotient émotionnel arrive ensuite et approfondit la lecture, et Esther en a fait une règle d'usage.
« L'EQ tout seul, je ne l'ai jamais utilisé. Pour beaucoup de personnes que j'accompagne, l'intelligence émotionnelle seule reste trop abstraite. Il faut une perméabilité préalable, et le DISC la prépare très bien. »
Lire aussi : DISC et émotions, comprendre les signaux du stress
Le diagnostic émotionnel via l’EQ (quotient émotionnel)
Le cadre dirigeant a déjà passé son profil DISC quelques années plus tôt, à l'occasion d'une formation animée par Esther. Son profil comportemental fait apparaître une dimension I marquée qui le rend très expressif dans les échanges et le porte naturellement à occuper le terrain de la parole. Son histoire personnelle, riche en épreuves anciennes et marquée par une hyperactivité de longue date, vient se superposer à cette dynamique comportementale. Dans les instances publiques où il représente son organisation, ces deux dimensions se rencontrent souvent au mauvais moment, et quand il se sent à court de reconnaissance, son flux verbal s'emballe et il peut tenir des propos qu'il regrette ensuite.
Le dirigeant passe son profil EQ qui fait apparaître une capacité d’autorégulation particulièrement faible. Esther choisit d'en faire le point de départ d'un travail plus large, en s'appuyant aussi sur les dimensions où le cadre dirigeant est solide. Plusieurs autres facettes du rapport, dont l'empathie et la conscience de soi, se révèlent en effet être des appuis réels sur lesquels il peut compter.
C'est là que se joue la bascule, car le coaché comprend qu'il peut s'appuyer sur ses ressources fortes pour travailler la dimension qui lui résiste, au lieu de lutter contre lui-même.
Pour aller plus loin : Intelligence émotionnelle, définition, évaluation et développement
Le travail de régulation émotionnelle et ses effets
Le coaching se concentre alors sur la dimension qui demande à être renforcée, et Esther mobilise plusieurs stratégies de régulation issues de son corpus personnel, qu'elle articule au fil des séances.
Le travail commence par la mise au calme physiologique, à travers la méditation et la cohérence cardiaque, devenues des appuis quotidiens du cadre dirigeant. L'enjeu devient dès lors de lui apprendre à repérer les premiers signaux corporels d'emballement, pour que la mise au calme physiologique reste opérante et éviter que la situation ne dérape complètement.
La visualisation prend ensuite le relais pour lui permettre de retrouver rapidement un état ressource, favorisant la mobilisation de ses compétences cognitives dès l'apparition de ces signaux. Vient enfin une exploration des besoins fondamentaux du cadre dirigeant, qu'Esther l'amène à identifier puis à nourrir de manières concrètes en dehors du travail, pour qu'il n'attende plus tout de la sphère professionnelle.
Au bout de quelques mois, les indicateurs convergent. Les réunions externes se déroulent désormais sans incident, ses pairs ingénieurs qui le tenaient à distance depuis plusieurs mois le sollicitent de nouveau pour son expertise. Son N+1 confirme l'amélioration et après deux mois d'indicateurs stables, une réunion tripartite acte la fin du coaching. En avance sur ce qui était prévu initialement.
« Tous les indicateurs qui étaient au rouge au départ sont venus au vert. Et de manière durable. On a raccourci le coaching parce qu'on a considéré que c'était suffisant. »
Lire aussi : Comment renforcer son intelligence émotionnelle, trouvez vos angles morts
Vous accompagnez des dirigeants ou des équipes sur les enjeux de posture et de régulation émotionnelle ? Le profil TIBI combine le DISC et le quotient émotionnel pour ouvrir une lecture croisée du comportement et de la relation aux émotions.
Sortir l'EQ de l'intime, la pédagogie d'Esther Casellas
Avant tout débrief autour du quotient émotionnel, Esther pose un cadre théorique. Elle commence par expliquer ce qu'est une émotion, puis présente le modèle de Goleman, les dimensions du quotient émotionnel et les principales stratégies de régulation existantes, avant d'aborder le profil personnel à proprement parler.
Aborder directement les émotions d'une personne dans un contexte professionnel peut générer un sentiment d'intrusion, alors que la théorie pose un cadre neutre dans lequel la personne ne s'expose pas mais découvre une matière qu'elle peut ensuite travailler avec son accompagnante.
« On normalise. On n'est plus dans quelque chose d'intime, on est dans une matière qu'on travaille. »
Ce cadre théorique repose aussi sur l'alliance préalable du coaching, dans laquelle la confidentialité est posée d'entrée et où la relation de confiance précède toujours tout travail sur le quotient émotionnel.
Trente ans face aux émotions, quels changements ?
En trois décennies de pratique, Esther a vu le rapport aux émotions évoluer profondément. Dans son terrain historique de l'enseignement supérieur et de la recherche, l'émotion était longtemps considérée comme un perturbateur de la raison, et un chercheur censé raisonner se devait de la tenir à distance.
« Aujourd'hui, on explique qu'il n'y a pas de décision sans émotion, pas de raisonnement sans émotion. Beaucoup de gens découvrent ça avec stupeur, parce que jusque-là, pour un chercheur c’était : surtout pas d'émotions. »
Cette évolution offre à Esther un terrain plus propice, et elle ajoute volontiers que sa propre place de praticienne d'un certain âge y joue un rôle. Sa génération n'a pas grandi avec ce vocabulaire, et le fait d'en parler aujourd'hui peut aider d'autres publics à s'y autoriser plus facilement.
Le coaching de ce cadre dirigeant illustre ce que cette complémentarité produit dans la pratique, quand le DISC pose le terrain du comportement et que le quotient émotionnel ouvre celui de la relation à soi.
À lire aussi
L'intelligence émotionnelle, compétence stratégique du dirigeant – Karine Pichavant