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Estelle Sauvat : « Encourager l’émergence de nouvelles façons d’apprendre »

La transformation des compétences, voilà l’une des missions prioritaires mis en en place par le gouvernement. Priorité à l’emploi, à la formation et à la jeunesse. Les métiers évoluent, les entreprises et les méthodes de formation aussi. Il faut donc s’adapter au plus vite. Rencontre avec Estelle Sauvat qui a été en charge de la mise en place du Plan d’investissement des compétences en tant que Haut-Commissaire à la Transformation des compétences, et qui est désormais chargée d’une mission sur la stratégie européenne d’investissement dans les compétences. 

Le 07 nov. 2018
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Transformer les compétences, qu’est-ce que cela veut dire ?

C’est encourager l’émergence de nouvelles façons d’apprendre, de se former tout au long de la vie. C’est aussi encourager les expérimentations pour réinventer les modalités de montées en compétences et d’accès à l’emploi plus efficaces et plus rapides. A l’heure où les transformations bouleversent à un rythme accéléré le monde du travail, transformations numériques et écologiques notamment, développer ses compétences en permanence et de ne jamais se contenter de ce que l’on faisait la veille est devenu crucial pour tous. Cela concerne tout le monde. La loi pour « la liberté de choisir son projet professionnel » ouvre en ce sens des voies d’émancipation sociale pour tous, pour tous les actifs, salariés, demandeurs d’emplois, pour que chacun puisse choisir sa vie professionnelle dans un contexte d’évolution du monde professionnel. Se maintenir à jour, développer les compétences, cela se joue désormais à l’échelle d’une vie et non plus d’une génération comme par le passé.

Est-ce indispensable de s’adapter à ces transformations ?

Les nouvelles façons de consommer des individus, de produire et de travailler pour les entreprises, les transitions numériques, écologiques, robotiques, tout cela pose de nouveaux cadres d’interventions et parfois de nouveaux équilibres. Il y a aussi l’émergence de l’intelligence artificielle qui se déploie dans tous les secteurs. Cela nous interroge sur quel sera l’impact social de toutes ces transformations ? Faire en sorte que chacun trouve sa place, s’adapte à aux changements devenus permanents est fondamental pour notre économie, pour notre société. Ce qui est certain, c’est qu’il y a urgence à amplifier considérablement nos investissements dans les compétences, si nous ne voulons pas être à la traîne, si nous voulons dès à présent anticiper les besoins en compétences de demain.

« Les compétences sont aussi la clé de l’emploi »

Cela passe par un travail en amont, donc par la formation ?

L’éducation et la formation vont être déterminantes. Si nous voulons maintenir notre leadership technologique et économique, cela va se jouer sur le terrain des compétences. Les compétences sont aussi la clé de l’emploi. De nombreux employeurs recherchent, chez les candidats à un poste, des savoir-être professionnels que l’on nomme les compétences transversales, les soft-skills. L’autonomie, la capacité à travailler en équipe, le sens des responsabilités, la capacité à s’organiser et la capacité d’adaptation sont cités par au moins 90% des recruteurs* et constituent des atouts majeurs, qui peuvent faire la différence sur certains postes. D’ailleurs, ces compétences ont pris une importance telle qu’elles priment désormais sur les savoirs ou les savoir-faire aux yeux de 60% des employeurs. C’est donc important d’en avoir conscience et de maîtriser ces compétences particulièrement recherchées.

« La véritable révolution est avant tout humaine »

Quel est la place de l’humain au cœur de ces transformations ?

Dans une économie en mutation où la valeur du capital humain devient le premier atout de l’entreprise, ancrer la raison d’être et la place de l’Homme dans l’entreprise est un enjeu de maintien de sa compétitivité, au niveau de l’entreprise comme du pays. Hier, les enjeux se portaient exclusivement sur les investissements en R&D, ou dans les infrastructures. Progressivement, les priorités des employeurs se déplacent vers le développement des compétences, pour maintenir et développer ce qui reste la principale valeur stratégique d’une entreprise, ses compétences. Les objets connectés, les innovations, l'intelligence artificielle déferlent certes sur les organisations, en provoquant des mutations de fond. Mais la véritable révolution est avant tout humaine. Cette réinvention de l'humain dans les organisations est levier de croissance à condition de ne pas se limiter aux seuls développements d'outils, et plus largement doit intégrer la culture de l'entreprise, les modes de travail et la gestion des talents.

Concrètement, comment cela va se mettre en place ?

La Loi pour « la Liberté de choisir son avenir professionnel » donne la possibilité, à travers de nouveaux droits notamment le CPF (Compte Personnel de Formation) de vous former et d’avoir droit à un accompagnement. Les salariés, pourront également bénéficier d’un CPF de transition, à travers un réseau national d’opérateurs en charge de les accompagner dans leur reconversion professionnelle.Le Plan d’investissement dans les compétences, doté de 15 mds, permet pour sa part de former 1 million de jeunes et un million de demandeurs d’emploi peu qualifiés. Il se déploie depuis début janvier, à travers une vingtaine de programme de formations, dans tous les secteurs d’activité, avec l’accent sur la filière numérique et écologique. Sont proposées des formations professionnelles permettant l’accès au numérique pour tous, avec l’intégration systématique de modules de formations sur le développement des compétences relationnelles (soft-skills) particulièrement recherchées par les entreprises, nous investissons également dans de nombreux programmes de formations proposant des approches pédagogiques plus adaptées aux personnes n’ayant pas envie spontanément de revenir sur les bancs de l’école. Nous souhaitons renforcer les approches non scolaires, les apprentissages par le « faire », basées sur les compétences vocationnelles, intégrant chaque fois que nécessaire le digital. Ces nouvelles approches ont l’avantage de renforcer une intégration avec le monde du travail, en phase avec ses réalités en évolution rapide.

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