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Initiées par les startups de la Silicon Valley comme Google, les nouvelles formes de travail se développent à vitesse grand V dans les entreprises françaises. A la fois pour se donner une bonne image et améliorer la QVT, les sociétés optent pour une nouvelle vision du travail. Au premier abord l'initiative est positive mais, dans les faits, comment est-elle perçue par les premiers intéressés : les collaborateurs ? Pour être prospère, une entreprise doit être productive, innovante, proactive et réactive tout au long de l’année. Dirigeants et managers doivent compter sur les collaborateurs pour atteindre tous les objectifs fixés. Or, un collaborateur qui ne travaille pas dans les meilleures conditions ne peut se donner à 100%. C’est sur ce constat que les entreprises ont décidé de suivre l’exemple Californien en adoptant de nouvelles formes de travail. Non, les entreprises n’ont pas pour vocation d’être altruiste de manière inconditionnelle. Ainsi, surfant sur la vague, les dirigeants choisissent pour leurs collaborateurs de nouvelles formes de travail comme les bureaux ouverts, le travail collaboratif, le télétravail ou le coworking. Des espaces de détente viennent également modifier l'environnement de bureau traditionnel avec des séances de yoga, des machines fitness, une table de ping-pong ou un baby-foot. Pour le plus grand bonheur, paraît-il, de tous les salariés. Satisfaisant pour tout le monde ? Néanmoins, ses nouvelles formes de travail sont-elles véritablement synonyme d’épanouissement et donc de performance ? En théorie, l’équation est simple : nouvelles formes de travail plus modernes + collaborateurs heureux = résultats en hausse et image de marque positive. En pratique, il semble que le sujet soit un peu plus complexe. Si les nouvelles formes de travail sont fondamentales aujourd’hui et encore plus demain, les entreprises ne doivent pas tomber dans le piège. Nombreuses sont ceux qui instaurent ces nouvelles façons de travailler, séduites par leur supposé effet miraculeux sur les collaborateurs. Il est vrai que les labels comme “Great Places To Work” attirent les candidats en recherche de bien-être et de bon vivre au travail. Ainsi, les entreprises n’hésitent pas à bousculer leurs habitudes en clamant haut et fort leur esprit résolument start-up pour dénicher les nouveaux talents. Dans les fiches de poste, on met en exergue le confort du home office, des bureaux ouverts et lumineux, un placement libre, un travail collaboratif etc... Bien-sûr si certains collaborateurs se félicitent de pouvoir, par exemple, finir les dossiers complexes sereinement à la maison ou échanger librement avec ses collègues au coeur de l’open space, d’autres n’ont peut-être pas les mêmes habitudes. Chaque collaborateur est unique et réagit différemment à une situation ou un changement. Une question se pose alors : si chacun est unique, est-ce que les nouvelles formes de travail peuvent satisfaire tout le monde ? Chacun est unique Deux collaborateurs d’une même entreprise, à poste équivalent, peuvent avoir une personnalité différente, des zones de confort et d’inconfort opposées et un comportement face à une même situation complètement divergeant. C’est d’ailleurs ce qui peut les rendre complémentaires s’ils apprennent l’un de l’autre. Depuis plus de dix ans, ces deux collègues exercent leur métier dans un bureau fermé et  exclusivement dans le même immeuble. Leur manager direct, influencé par la lecture de centaines d’articles sur les bienfaits des nouvelles formes de travail, décide de sauter le pas. Les deux collaborateurs se retrouvent en open space l’un en face de l’autre et en compagnie de presque tous les autres pôles de l’entreprise. Le télétravail est imposé deux jours dans la semaine tout comme la séance de méditation de trente minutes à la pause déjeuner du mercredi. Le premier collaborateur est emballé par son nouvel environnement de travail. Il apprécie de pouvoir interpeller son collègue qui lui fait face, il aime la convivialité de son nouveau bureau et savoure chaque seconde de son cours de méditation. Après quelques mois, ses performances globales sont en hausse, il travaille en moyenne deux heures de plus lorsqu’il est chez lui et sa motivation est devenue son moteur au quotidien. Le deuxième collaborateur, quant à lui, est très perturbé par le changement de son environnement de travail. Habitué à son bureau fermé, il n’arrive pas à se concentrer du fait d’un fond sonore désagréable fait de touches de clavier, de stylos qui cliquent, de bâillements, de chuchotements peu discrets ou encore de café qui coule à la machine. Chez lui aussi, il n’arrive pas à travailler. Son bureau personnel était l’endroit où il s’échappait, vaquant à ses hobbies comme la peinture et le dessin, et où, le travail n'existait pas. Parce qu’il n’arrive plus à se concentrer, ses performances sont en baisse et chaque minute compte pour rattraper le retard. Quand les autres vident leur esprit pendant la médiation, ce dernier repense aux dossiers en cours, aux contacts à relancer et aux rapports à terminer. Son niveau de stress est en constante augmentation et aujourd’hui, il pense à quitter son entreprise. Si ces deux exemples sont caricaturaux, ils ne restent néanmoins pas si loin de la vérité. Ils prouvent qu’il est essentiel de connaître le comportement et les motivations de ses collaborateurs avant d’imposer un changement dans l'environnement de travail. Si les nouvelles formes de travail sont bénéfiques pour certains elles restent dangereuses pour d’autres. Il est donc nécessaire de les adapter à ses collaborateurs afin de les fidéliser. Sébastien Cutaia