Partagez et enrichissez ce contenu avec votre perception

BOLDODUC : Engager une équipe en plein confinement

Spécialiste du textile technique depuis 1952, Boldoduc s’est lancé dans la production de masques en textile pendant le confinement. La société de Dardilly a réussi à engager toute son équipe pour créer deux ateliers éphémères et produire, en un temps record, 12,5 millions de masques en mobilisant également de nombreux partenaires. Retour sur une expérience hors normes, qui a profondément bouleversé la vision du management et du recrutement des dirigeants.

Le 03 nov. 2020 Illustration BOLDODUC : Engager une équipe en plein confinement
Partagez et enrichissez ce contenu avec votre perception

Interview de Jean-Charles Potelle, Président de Boldoduc et de Maurice de Longevialle, chargé des ressources humaines.

 

Comment Boldoduc s’est tourné vers la production de masques ?

Jean-Charles Potelle : Dès le début du mois de mars, nous avons rapidement été mis au courant de la nécessité de créer des masques en textile lavables. Nos équipes de développement se sont emparées du sujet afin de définir un cahier des charges en lien avec la Direction générale de l’armement et celle des entreprises. Le confinement est venu corser la mission. Toutes les équipes ont été confinées pendant une semaine, le temps de trouver une solution pour travailler en sécurité. Dès le 20 mars, la production a pu commencer.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’organisation des équipes ?

Nous avons commencé par une production à domicile, effectuée par des confectionneurs solidaires, partout en France. L’enjeu était de constituer et d’animer ce réseau. Tous les collaborateurs se sont mobilisés, souvent sur des postes qui n’étaient pas les leurs. Comptables, assistants, commerciaux… nous les avons formés en visioconférence et ils ont été au rendez-vous, parfois 15 à 20 heures par jour, 7 jours sur 7. Le sens et l’urgence sanitaire ont suscité un engagement très fort.

 

Comment avez-vous identifié les personnes clés sur lesquelles vous appuyer ?

Certains profils étaient identifiés dans l’entreprise. On savait qu’on pourrait partir à la guerre avec eux si besoin. D’autres se sont révélés. Nous avons été surpris par la mobilisation spontanée de plusieurs salariés qui ne faisaient pas partie de l’encadrement. Mais globalement, cela n’était pas calculable à l’avance. On ne peut pas imaginer vivre une telle situation en entreprise.

 

Pourquoi avez-vous créé des ateliers de confection éphémères ?

Lorsque Boldoduc a lancé les Confectionneurs solidaires à domicile, plus de 2000 personnes ont répondu à l’appel. Nous étions dans l’incapacité de faire face à un tel effectif : les profils étaient disparates, certains avaient des machines professionnelles et d’autres non, les volumes horaires disponibles variaient selon les personnes… On a donc mis en place une équipe de coordination qui supervisait les Confectionneurs, gardait le lien, s’assurait de la qualité… Mais le besoin était grand et il fallait aller plus loin et plus vite. On a donc créé deux ateliers de confection éphémères, l’un à Gerland (Lyon 7e) et l’autre à Tarare (69). Et 150 personnes ont été recrutées en moins de trois semaines.

 

Comment se sont déroulés ces recrutements ?

Nous avons sollicité Pôle Emploi qui nous a aidé à pré-qualifier 1000 CV. Ils nous ont transmis plus de 300 candidatures. Quatre personnes ont été chargées de sélectionner les profils, en un temps record. Les entretiens d’embauche étaient parfois rocambolesques, avec des candidats qui parlaient à peine français et des recruteurs qui ne connaissaient pas la couture… L’enjeu était également d’identifier des candidats qui pourraient intégrer l’équipe d’encadrement des ateliers et superviser les Confectionneurs sur les sites de production.

 

Vous êtes-vous concentrés sur les soft-skills pour trouver ces candidats ?

Naturellement oui. Un questionnaire nous permettait de valider les aspects techniques. Puis rapidement, l’échange portait sur le savoir-être, les motivations, l’engagement des personnes. Il fallait gratter pour découvrir les personnalités et ne pas s’arrêter aux préjugés. Finalement, nous sommes parvenus à recruter 150 personnes de 17 nationalités différentes. Aujourd’hui, les deux ateliers ont été fermés, comme prévu. Nous avons conservé 20 personnes issues de cette grande vague de recrutement. Elles ont intégré le siège de l’entreprise à Dardilly pour créer un atelier de confection 100% Made in France.

 

Est-ce que cette aventure va changer votre vision du recrutement ?

Evidemment. Nous avons bénéficié d’un test grandeur nature, avec une mise en lumière express des savoir-être, ce qui est très rare. Finalement nous avons recruté 150 personnes pour en garder 20. C’est le rêve de tout recruteur. Mais on sait que ce ne sera pas duplicable dans le futur. On a également été marqués par la cohésion d’équipe qui s’est rapidement installée. C’était extraordinaire de voir toutes ces personnes aux profils très hétérogènes se retrouver autour d’un projet qui faisait sens.

Articles susceptibles de vous plaire

Nos derniers articles

Bilan de compétences : un diagnostic pour une problématique

Le bilan de compétences ne s'improvise pas : son efficacité repose avant tout sur la définition d'objectifs clairs dès le départ....

Il y a 2 jours
Le Parlement européen au chevet de la santé mentale des salariés

Dans une société de plus en plus touchée par des problématiques de santé mentale, notamment au travail, le Parlement européen appelle la...

Il y a 7 jours
Burn-out : une réponse à chercher du côté des soft-skills

Identifier les soft-skills de chacun des collaborateurs d'une entreprise devient aujourd'hui une nécessité pour faire face, en partie, à...

Il y a 8 jours

Articles à découvrir

Success Story : Le développement en affiliation de l’enseigne Courir

L’enseigne Courir s’est ouverte à l’affiliation en 2014. Depuis, 70 magasins ont vu le jour en France et les performances économiques...

Il y a plus de 6 ans
La cohésion d’équipe, source de performance et de bien-être en entreprise

L’esprit d’équipe. Une notion entendue et répétée des milliers de fois, que ce soit en milieu sportif, associatif ou professionnel. Plus...

Il y a presque 11 ans
Intelligence émotionnelle : de quoi parle-t-on ?

À l’heure de l’Intelligence Artificielle (IA), on entend de plus en plus souvent parler d’une autre forme d’intelligence : l’Intelligence...

Il y a 12 mois